LA GRANDE GUERRE (1914-1918) ET LES JOUEURS DE BALLE

 

 

A. Les joueurs de balle prisonniers en Allemagne

B. Les joueurs de balle internés en Hollande

C. Une grande page philanthropique

 

A. Quelques camps de prisonniers en Allemagne

 

- SOLTAU : le camp de Soltau était pendant la première guerre mondiale, le plus grand   camp de prisonnier en Allemagne. Il était situé en Basse Saxe, au cœur d’un triangle composé des 3 villes : Hambourg, Brème et Hanovre. Ce camp accueillit plus de 70.000 prisonniers qui arrivaient, entassés dans des wagons à bestiaux, après des dizaines heures de routes. L’humain était véritablement réduit à l’état d’objet. La majorité des internés étaient des prisonniers de guerre français et russes mais il y avait aussi des Belges.                                                                          .

Suite au refus d’un travail  obligatoire en Allemagne et à titre de représailles, de nombreuses villes ou villages ont été touchés par la déportation. Dans les environs d’Ath, un certain nombre de jeunes villageois de Marcq-les-Enghien, de Rebecq, de Quenast, de Lessines et de Soignies notamment, furent déportés au camp de Soltau.



- HOLZMINDEN : Le camp d’internement de Holzminden était aussi un grand camp de détention de la première guerre mondiale. Il était situé en périphérie de la petite ville de Holzminden en Basse Saxe. Il reçut jusqu’à 10.000 internés civils des nations alliées.






- MINDEN (Minden est une ville en Rhénanie du Nord-Westphalie), COLLELAGER, CELLELAGER, RUHLEBEN et bien d’autres encore.

Les contacts directs avec les prisonniers belges dans les camps allemands s’avérèrent très difficiles, surtout en 1914.

A partir de 1915, on constate une légère amélioration dans les contacts entre les prisonniers belges et leur famille ainsi qu’entre prisonniers joueurs de balle et la Fédération de Pelote et certaines sociétés de balle au gant. Début 1915, le comité provisoire de la Fédération de balle pelote contacte par lettre toutes ses sociétés affiliées qui sont félicitées pour leurs initiatives dont celles consistant à organiser des luttes de jeu de balle dont les recettes alimenteraient les caisses dites de secours. La lettre demande aux responsables de ces sociétés qu’une partie des recettes soit consacrées à venir en aide à leurs membres prisonniers dans les camps allemands. A l’effet d’employer  judicieusement les sommes qui seraient récoltées de cette façon, il est demandé aux sociétés de bien vouloir communiquer au comité fédéral le nom et le lieu d’internement de leurs membres prisonniers.

D’abord à Solteau, les prisonniers forment rapidement des groupements. A force d’ingéniosité et faute de mieux, on y fabrique même quelques balles pelote avec les moyens du bord (chiffons contenant du gravier, réunis en forme de boule et ficelés, etc.) permettant à nos compatriotes désoeuvrés de se « distraire » pendant leurs rares temps libres en pratiquant leurs sport favori : le jeu de balle. De toutes les lettres venant d’Allemagne, une large place est réservée à la demande de matériel pour jouer à la balle (gants usagés et balles). Début de la saison 1916, des internés à Solteau envoie une lettre à la F.N.J.B.P. lui demandant l’envoi d’un lot de balles. Dans les autres camps, les prisonniers font de même. Avec les fonds récoltés sur les ballodromes belges, la Fédération parvient à acheter et à envoyer un lot important de balles  qui arrive tant bien que mal au camp de Solteau. Ce matériel est réparti de la façon suivante :

* camp de Solteau                                200 balles

* camp de Holzminden                        100 balles

* camp de Cellelager                           100 balles

* camp de Minden                                50 balles

* camp de Ruhleben                            50 balles

Les lettres de remerciements abondent à la Fédération signalant que l’arrivée de colis de balles et  de gants est aussi appréciée que la réception de colis renfermant des vivres et du textile.

A la lecture de ces fraternelles missives, on devine tout le plaisir qu’éprouvent les compatriotes prisonniers de ne pas se sentir oubliés par leurs amis sportifs restés en Belgique. Et c’est ainsi que la solidarité aidant, dans le domaine du jeu de balle, les prisonniers belges dans certains camps allemands, purent adoucir quelque peu la rudesse de leur condition.


B. Les joueurs de balle internés en Hollande.

 

Durant les six premiers mois de la Grande Guerre, plus de 30.000 soldats belges se sont retrouvés internés aux Pays-Bas. Ces soldats sont parmi ceux qui eurent à subir les premiers chocs de l’invasion allemande. Ils résistèrent 3 mois à Anvers avant d’y être piégés par l’ennemi. Il ne restait plus que le choix entre deux solutions : se laisser capturer par les Allemands ou franchir la frontière néerlandaise pour se retrouver en pays neutre.


Après avoir été désarmés, les soldats belges furent conduits « manu militari » vers des camps d’internement. Il y a lieu de croire que l’émigration de tout ce monde à partir de la Belgique avait été planifiée et organisée avec l’occupant. L’Allemagne tenait la frontière belgo-hollandaise sous une très étroite surveillance. Le passage de familles entières par les rares portes d’entrée,  fuyant devant les malheurs et les dévastations d’une guerre féroce, ne devait donc pas passer inaperçu. Il faut savoir que l’Allemagne tenait la frontière belgo-hollandaise fermée,  par une clôture électrifiée quasi infranchissable. Durant cette période de semi-captivité, les internés belges sont répartis dans 4 camps d’Harderwijck, Zeist, Oldenbroeck-Zwolle et Gasterlân.







Dans chacun de ces camps se sont constituées très tôt des parties de pelote. Au cours de la saison de 1915, des rencontres au jeu frison contre des adversaires hollandais ont lieu mais sans grand succès pour les internés belges. Excellents au rechas, ils accusent une faiblesse marquée à la livrée, ce qui leur est fatal dans de nombreux cas.

Mais durant tout l’hiver 1915-1916, du matin au soir, même par une température peu favorable, parfois après avoir balayé la neige couvrant le terrain, les joueurs belges perfectionnent leur technique et ils parviennent à maîtriser la légère balle frisonne. Bientôt, de nombreux joueurs belges se trouvent en état de rencontrer des adversaires néerlandais avec d’égales chances de vaincre. Ils se font apprécier pour leur efficacité au jeu de balle frison. Les parties formées dans les camps de Harderwijck et de Gaesterlân sont particulièrement performantes. En 1917, le plus grand tournoi frison dit du P.C. (Permanente Commissie) qui existe encore de nos jours, est enlevé par un trio belge composé de Auguste Van Lierde, Georges Herphelin et Emile Hoyois.

C. Une grande page philanthropique

 

Le monde du jeu de balle  a eu, au cours des années 1914-1918, une admirable attitude envers les compatriotes touchés par les événements.

Prisonniers, internés, veuves et orphelins de guerre, mutilés, familles éprouvées, ont pu compter sur les amateurs de jeu de balle qui, dans la mesure  de leurs moyens devenus aussi fort modestes, ont contribué à l’amélioration de leur situation matérielle et morale. Jamais la Fédération ne s’est départie durant toute la durée de la guerre d’une ligne de conduite tendant à obtenir un parallélisme entre la pratique du sport ballant et la philanthropie. C’est le comité provisoire de la Fédération qui donne l’exemple en lançant dès les premiers jours de la saison 1915, un appel pour répondre aux demandes de petit matériel, surtout de balles, émanant de nos compatriotes prisonniers en Allemagne ou internés aux Pays-Bas. L’appel fut très bien entendu par les organisateurs de luttes ou tournois. Les premières sociétés à se manifester étaient implantées en région bruxelloise mais bientôt, toutes les sociétés affiliées de province contribuent, par différents dons, à répondre aux sollicitations :

                     - Paume Laekenoise                                don de 655 frs 54 et 467 frs 77

- Laekens Saint-Roch                              don de 790 frs 58

- Braine-le-Comte                                             don de 5 frs

- Amis de la Balle de Schaerbeek                     don de 5 frs

- Pelote Lessinoise                                    don de 75 balles

- Espoir de Cureghem                               don de 50 balles

- Pelote Anderlechtoise                             don de 50 balles

- Schaerbeek Rogier                                  don de 50 balles

- Pelote Club d’Etterbeek                          don de 50 balles

- Le joueur Meunier de Lessines             don de 50 balles

- etc.

C’est ainsi que tout au long de cette tragédie qu’a constituée la guerre 1914-1918 et malgré les moments difficiles qu’ont rencontrés  les compatriotes de la zone belge occupée, l’aide aux éprouvés dont les joueurs de balle ne s’est jamais ralentie.